Ayant conservé de nombreux textes et poèmes (qui pour certains remontent à 1976), je projette d'en mettre certains ici. Mais en ressortant mes vieux cahiers, je m'aperçois que ce ne sera pas si facile que ça... Une simple recopie est malheureusement à exclure, déjà parce que certains poèmes de jeunesse sont très nuls (hihi), et d'autres m'apparaissent maintenant très personnels. Il me paraît déjà impossible de reprendre les poèmes qui faisaient partie de dessins, ou encore ceux qui étaient destinés à une diction particulière.
Je vais donc essayer de faire une petite sélection et d'y apporter des commentaires pour une meilleure compréhension. J'ai été effectivement dans mon jeune âge adepte de l'écriture automatique. Si l'on ajoute que j'étais bien entendu scolarisée lorsque j'ai commencé à écrire, donc très influencée par ce que l'on étudiait (Superviel, par exemple)... les explications de textes seront plus que nécessaires arffff !
Nb : J'ai soudain une pensée particulière pour Claude qui était un ami du lycée. On se mettait tous les deux au fond de la classe, et on écrivait pendant les cours. Claude prônait la "littérature totale", c'est-à-dire un mélange de tous les arts (poèsie, théâtre, dessin, musique)... et voulait lancer un nouveau courant artistique : le dépressionisme lol !
Ces poèmes sont consignés dans un cahier de 1976 à 1979 (après le bac j'ai arrêté de tenir ce cahier). Je commence donc par la période 76/77, j'avais 15/16 ans et une tête de gros bébé joufflu, genre première de la classe, que je cherchais à faire oublier. Personnellement je rigole toute seule en relisant tout ceci... Mais je vous conseille fortement de ne pas vous attarder trop sur cette rubrique ! Ce sont vraiment des oeuvres d'ado !
En face de chaque poème j'indiquais le titre de l'ouvrage auquel il devait se rattacher :
- "Au creux d'une voyelle" qui correspondait à des écrits neutres, juste pour le plaisir de l'écriture, répondant souvent à de l'écriture automatique,
- "Quand l'univers s'endort", poèmes généralement buccoliques,
- "La mort au bout des lèvres", apparemment fortement inspiré par Claude et son dépressionisme, avec des réflexions pseudo-philosophiques sur la piètre condition humaine, des interrogations sur le futur au sortir de l'adolescence... bref un univers sombre, mais parfois emprunt d'humour noir.
TRISTE RONDE (la mort au bout des lèvres)
Le juge jugea,
Le condamné jura,
Le bourreau partagea
Le corps qui fut donné aux rats.
"Triste exécution"
Pensa le badaud
En pleine méditation
Devant le tableau.
Le badaud cracha,
Le gendarme l'empoigna,
Le badaud se facha,
Le gendarme gendarmgna.
Le juge jugea,
Le condamné jura,
Le bourreau partagea
Le corps qui fut donné aux rats.
"Triste exécution"
Pensa un autre badaud
En pleine méditation
Devant ce tableau.
Et le badaud cracha...
Et le badaud cracha...
Et le bourreau trancha...
La terre peu à peu se dépeupla.
Le juge jugea
Mais le bourreau n'était plus là...
Il avait été donné aux rats !
Le juge s'étant condamné,
Mais ne pouvant procéder à son exécution,
Vécut en solitaire
Sur cette terre fanée,
Et pour toute occupation,
Il ramassa parterre
Les rats morts d'indigestion.
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bel exemple de "littérature totale" car il nécessite une mise en scène, mais bon, comme il est court, il passe quand même à la simple lecture :
SANS DESSUS DESSOUS (Au creux d'une voyelle)
"ajulellaH" ils crièrent !
Dans la joie,
Dans l'euphorie :
Ils parlaient à l'envers !
"Halleluja" sli tnéreirc !
Snad al eioj
Snad'l eirohpue
Sli tneialrap à'l srevne !
Sur mon cahier, la ponctuation de la deuxième strophe est bien sûr dessinée à l'envers... Voilà, l'auteur (moi hihi) voulait montrer qu'elle était contente ce jour-là, mais je ne me souviens plus pourquoi. Le "à'l srevne" de la fin est vraiment trop top à prononcer !!! lol
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Exemple d'écriture automatique (souvent avec de la musique en fond sonore), décrivant un rayon de lumière.
MURMURE DE LUMIERE (Quand l'univers s'endort)
Calice de lumière
Qui joue sur la malice
De la fleur,
Aux pétales si lisses
Que le vent effleure.
Vie première
Du printemps,
Mort de tristesse
En hiver...
Petite déesse
Laissée aux reflets de l'étang,
Etre éphémère.
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Celui-ci est à dire d'un ton très mécanique à la manière d'un robot... mais bon, zappez-le ça vaut mieux lol !
COMME TOUTOME (La mort au bout des lèvres)... Toutome est écrit comme un nom propre (le nom de l'automate), au lieu de "tout homme"
L'automate
Aimait les tomates.
Et les tomates
Poussaient chez Thomas.
En automne,
Thomas glissa un tome
De "L'Homme Automate"
Dans un plat d'hommes aux tomates.
L'automate en fut traumatisé,
Devînt tout mat,
Sema ses atomes,
Et mourut comme tout homme...
C'était en l'an Tonnoir.
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Exemple de littérature totale. Là il faut faire un effort d'imagination : ce poème est écrit sur un dessin d'oiseau. L'oiseau a les ailes déployées, une strophe est sur l'aile gauche, la deuxième en face sur l'aile droite. Les vers sont écrits en courbe.
Ce poème est fait pour être dit à deux. La strophe de l'aile gauche est dite sur un ton enjoué, et simultanément la strophe de l'aile droite est dite sur un ton grave et monocorde. Ce qui crée une musicalité étrange. Il n'a été dit qu'une seule fois en public, par Claude et moi-même en cours de français. On n'avait vraiment peur de rien à l'époque !
OISEAU ARAIGNEE (non classé)
Sur les ailes de mon oiseau Sur les ailes de mon corbeau
Je mettrai des couleurs J'arracherai les plumes de douceur
J'effacerai la douleur D'une larme, j'effacerai le bonheur
Pour y peindre le bonheur Pour y peindre la douleur, le malheur
Pour y peindre des oiseaux Pour y peindre des corbeaux
Sur les ailes de mon oiseau Sur les ailes de mon corbeau
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Egalement plus à dire qu'à lire : le début du vers est à dire d'une voix monocorde, et la fin du vers doit exprimer (voir mimer) la situation.
L'HOMME A TETE DE PAPIER MACHE (La mort au bout des lèvres)
Un homme à tête de fossile
Récitait bêtement le code civil -> ton de la récitation des tables de multiplication
Un homme aux traits délavés
Tendait la main sur le pavé -> Comme si on disait "à votre bon coeur m'ssieurs dames"
Un homme aux yeux trop bleus
Accrochait sur l'affiche son air d'imbécile heureux -> à dire comme un slogan publicitaire
Un homme le visage dans sa forêt
Cherchait l'air frais -> comme si on inspirait une grande bouffée d'air
Un homme à figure géométrique
Serrait contre lui sa trique -> sur l'air de la marseillaise
Un homme à tête de je ne sais quoi
Racontait n'importe quoi -> ton très affirmatif
Un homme au visage qu'il n'avait même plus
N'existait plus -> Air de la marche funèbre
Un homme, un autre homme...
Puis un autre... et encore...
Un autre...
On s'endort quand on compte les moutons -> constat
Alors l'homme...
Appuya sur le bouton !
(euh... si vous avez de quoi recréer chez vous le bruit d'une explosion atomique... allez... en cherchant bien lol !)
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Texte principal à dire de manière exaltée, comme une petite fille qui tournoierait en pensant à un conte de fées. Réplique d'un ton détaché, peu concerné, comme des parents ne prêtant pas attention aux facéties de la petite fille.
PETROLIFERE (La mort au bout des lèvres)
- "Dis-moi ? l'as-tu vu ?"
- "De qui parles-tu ?"
- "Du roi de la terre,
Du dieu Pétrolifère,
Qui boit son thé
Dans les mains d'un homme,
Qui prend pour son dîner
La ville de Rome.
Du roi de la terre,
Du dieu Pétrolifère,
Qui donne la pluie,
Qui donne des dollars,
Qui donne son appui,
Et donne des chars,
Qui tue le soleil,
Ranime les étoiles,
Qui fait des merveilles
Et tire des rafales...
Dis-moi, quand tu le verras,
Tu me raconteras ?"
- "Qui ça ?"
- "Le roi de la terre,
Le dieu Pétrolifère,
Le roi de la terre,
Le dieu Pétrolifère !"
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Poème plus "classique", mais toujours dans le répertoire "La mort au bout des lèvres"... apparemment, je voulais vraiment participer activement au mouvement "dépressionisme" de Claude ! lol... mais bon, il est drôle celui-là.
LA VEUVE ET SON MORT
Un long drap noir autour du corps,
Un crêpe sombre sur le coeur,
Et quelques larmes pour le mort
Dont le visage de pâleur
Sur cette tristesse ressort.
Des lamentations sur son corps ?
Il n'entend même plus son coeur...
Mais voyons, c'est lui qui est mort.
Pourquoi donc sur cette pâleur
Pencher noirs habits dont ressort
L'hypocrisie faite de peur ?
C'est lui le mort.
Vous, vous n'êtes que des croquemorts...
Vous enterrez les autres
Fort aise que ce tour ne soit le vôtre,
Et vous prenez de drôles de têtes...
Des têtes d'enterrement !
Si sombres qu'on ne voit plus vos vraies têtes...
Des airs compatissants,
Des figures de mort !
Et la veuve qui pleure,
S'étonne de voir se lever le mort
Pour aller respirer dehors...
Pour sûr, vous lui avez fait peur !
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Inspiré par l'album d'Yves Simon "Respirer, chanter". (pas ré-écouté depuis 30 ans d'ailleurs ! arfff) A l'époque, j'étais fan. En le relisant j'ai été très déçue... j'avais en mémoire un beau poème lol ! Je le trouve très enfantin.
MADE IN USA (au creux d'une voyelle)... rétrospectivement je l'aurais plutôt classé dans La mort au bout des lèvres, mais bon...
Nous émergions, pacifico-atlantique,
Jetés par les vagues sur la grève.
Dans nos têtes résonnaient des rêves fantastiques.
De l'eau salée mouillait nos lèvres.
Eblouis, nous jetâmes l'ancre sur la Liberté...
Sous le choc elle s'écroula.
Elle était complètement "mythée" !
Une vague plus grosse nous souleva,
Et par un trou de gruyère,
Nous vîmes un bloc énorme de pierre :
Agrippant le ciel de ses reins d'acier,
Buvant les nuages dans un bol atomique,
Il montrait sa face de building
Aux rides outre-atlantiques,
Etouffant les bas quartiers
Comme on étrangle un enfant noir !
Se dressant en éternelles barrières du soir,
Croquant les hommes sous ses dents plastiques,
Il attirait la lumière au sortir des rayons
Sur son papier tue-mouche de mastique,
Et comme une balle la renvoyait à un autre miroir,
La perdant dans le lointain.
De ses yeux d'étain,
Il envahissait et noyait la cité
Déversant du regard ses tonnes de fer,
Et il imposait son immensité
Aux boulevards desséchés et déteints,
Comme les tiges d'une plante manquant de soleil.
Le coeur en tessons de bouteilles,
Les cheveux tungstène
Peignés par Mister W (double U)
Il crachait ses fumées noires d'ébène,
Aux civilisations de sommeil,
Aveugles dans leurs cocons.
Seules, quelques guitares électriques accrochées aux balcons
Attendaient leurs cavaliers pour s'envoler,
Pour fuir les égoûts respirant les fumées d'hiver,
Fuir la foule dite de solitude, s'évader !
Et soudain partout résonna comme un long cri de faucon !
Mais il était trop tard !
Tous les synthétiseurs n'y pouvaient rien :
Déjà New York en son sein,
Avait fabriqué une bombe de dollars !
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LE TEMPS D'UNE ANNEE (Quand l'univers s'endort)... Bon là on commence à avoir un rythme.
L'aube récitait ses prières
Et l'automne chantait sa chanson.
Aujourd'hui était hier,
Voyant toujours ces mêmes maisons.
L'étang filait en rivière
Sa dentelle de coton.
Les temps suivant la dernière,
Fuyaient les saisons.
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MATIN (Quand l'univers s'endort)
Aux larmes de mes rêves
S'accroche l'oubli du sommeil.
Mais elles se font brèves,
Séchées par le soleil.
Le héros de chimères
Que j'étais dans mes songes,
S'enfuit chassé par les lumières
Que le jour éponge.
Mes pensées se perdent...
L'aube s'étire,
Le matin réveille les herbes...
Ame nocturne, j'expire.
Renfermant à jamais
Les secrets de la nuit,
Le matin naît
Aux pieds de mon lit.
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JANVIER (Quand l'univers s'endort)
Un ciel trop gris couvrant quelques arbres défeuillés et décharnés,
Qui ne pleure même plus, ayant sangloté ses dernières larmes
Jusqu'à ce que mortes s'enneigent, d'un blanc délavé et surranné :
Le premier mois de l'année a étendu son froid de désarme.
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COURTE VIE (Au creux d'une voyelle)
La cigale ayant chanté tout l'été
Se tût en hiver :
N'ayant plus de voix,
N'ayant plus de joie,
Regrettant les arbres verts,
Etant de fort mauvaise santé...
Et maintenant je la fais mourir
Ne sachant plus quoi écrire.
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EPATANT MAIS PAS TANT (non classé)
Il vous épata
Et vous l'aimâtes.
Ou vous l'épatâtes
Et il vous aima.
Mais vous, les patates à éplucher,
Vous aimez maintenant que vous êtes mariée ?
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Bon je vous passe "La mort du balafré" car les images ne me plaisent pas. C'est dommage car rythmiquement il était bien construit. Il a dû plaire à Claude celui-là !
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Je préfère celui qui suit. Je ne pense pas l'avoir écrit pour quelqu'un en particulier. Je crois qu'il répondait plus à une conception de l'amour... un fantasme quoi !
QUESTIONS (au creux d'une voyelle)... C'est un dialogue
- "Pourquoi ?"
- "Parce que"
- "Parce que quoi ?"
- "Parce que amour"
- "Amour de qui ?"
- "Amour de toi"
- "Pourquoi moi ?"
- "Parce que toi, parce que tu es"
- "Parce que je suis quoi ?"
- "Parce que tu es toi, parce que amour"
- "Depuis quand ?"
- "Depuis toujours"
- "Jusqu'à quand ?"
- "A jamais"
- "... Où ?"
- "Partout ! Ciel de soleil, de flammes ! Ciel d'horizon, aux quatre coins de la terre !"
- "Comment ?"
- "Passionément !"
- "Pourquoi ?"
- "Parce que"
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Bon voilà pour cette première période. Je n'en ai pas mis beaucoup, car franchement, peu en valaient la peine. J'ai essayé de choisir les plus représentatifs de cette période.
Les prochains seront un peu mieux car en 1977 j'ai commencé à écrire les paroles des chansons pour le groupe dont mon grand frère faisait partie (je ferai une rubrique à part pour les chansons), et cela m'a fait prendre conscience de l'importance du rythme et de la musicalité des sonorités. Enfin, j'espère qu'il y a une progression, car je n'ai pas tout relu. Je redécouvre au fur et à mesure ces vieux écrits.
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